Les milles mains (œuvre sur site du sculpteur Robert Pierresliger -2007)
« A tous ceux qui ont construit les Guions
Et y ont vécu durement.
Aux habitants de Saint-Priest (banlieue lyonnaise)
Qui les ont relevés de leurs ruines
Pour les offrir à des centaines de jeunes (1958-19..)
A ceux qui depuis les ont entretenus
Et les font vivre pour les offrir à d’autres »
L’association «Les Guions», un peu d’histoire
Désaffecté à la fin des années 40 par ses habitants, l’association « Les Guions » s’est rendue propriétaire du hameau, afin d’en assurer la sauvegarde et d’en conserver l’intégrité pour qu’il reste un lieu de convivialité et de rencontres, accessible à tous, dans le respect de l’environnement et de la dignité humaine. Des chantiers de jeunesse l’ont reconstruit à cette époque. Une association : « Les cailloux blancs » est constituée des enfants et ouvriers qui ont réhabilités le hameau et/ou ont vécus les débuts de cette belle histoire (voir l’extrait ci-dessous).
Des travaux d’entretien, portés par l’association « les Guions », continuent chaque année de maintenir et d’améliorer ce patrimoine bâti. Du printemps à l’automne, l’occupation du hameau par les adhérents « des Guions » est toujours d’actualité.
L’ADC, association gestionnaire de la maison familiale
L’ADC (Association pour le Développement Culturel), dont le siège est à St-Genis Laval, a proposé de prendre en charge la spécificité de l’accueil en maison familiale durant un mois l’été. Elle loue le hameau à l’association « Les Guions ». Tout en gardant l’esprit de convivialité et l’engagement dans la vie collective, elle favorise l’ouverture à toutes et tous, pour que chacun se responsabilise dans son projet de vacances pour que le séjour de tous soit réussi. Elle permet à tout un chacun de pouvoir bénéficier de la beauté du site et des valeurs qui y sont perpétuées.
Gérée de façon bénévole tout au long de l’année, l’association embauche une équipe salariée pour le fonctionnement du hameau durant le séjour d’été, de mi-juillet à mi-aout.
Les vacanciers viennent de toute la France. Ce sont souvent d’anciens vacanciers ou des sympathisants venus par connaissance, mais aussi par les offices de tourisme, les associations humanitaires, les Caisses d’Allocations Familiales,… ou par Ternélia.
L’ADC est fédérée à TERNELIA
La maison familiale est inscrite dans la fédération Ternélia (Fédération de maisons de tourisme social et familial), afin que tout public puisse connaître et profiter de séjours dans ce lieu privilégié.
Grace au catalogue, Les Guions bénéficient d’une représentation nationale. Les vacances sont ouvertes à toutes et tous. (Ternélia redirige vers l’ADC les demandes de réservations qui lui parviennent directement).
Extrait de https://www.alpes-et-midi.fr/actualite-936-les-guilons-une-resurection
Publié le 30/12/2011 dans le journal Alpes et midi ,hebdomadaire dans les Hautes-Alpes
Les Guions : une résurrection
Le hameau des Guions fait partie de la commune de St Crépin. De son apogée au XIXème siècle à sa désertification dans le courant du XXème il connut une résurrection liée au courant du mouvement de la Jeunesse Ouvrière Catholique. Une histoire à raconter…
Quand le hasard fait bien les choses…
En 1850 St Crépin compte 1400 habitants! C’est l’apogée du village mais très vite le déclin s’installe. La population a beau être nombreuse, richesse d’un village, mais difficulté pour ces foyers qui n’arrivent plus à nourrir toutes ses bouches. L’exode rural débute, facilité par l’arrivée du train. Marseille est en plein essor et appelle des bras! Les St Crépinois partiront trouver du travail ailleurs… 1964, le village de dénombre plus que 420 habitants! C’est grâce aux stations de ski et à leur développement qui engendre celui du tourisme que peu à peu la saignée se tarit. Aujourd’hui la courbe est ascendante, et ce depuis près de 10 ans, St Crépin compte en 2011 près de 630 habitants.Cette migration de population vers des cieux plus cléments induit la désertification de l’Adroit, un hameau de St Crépin qui dès 1940 est vidé de sa population. Les maisons tombent peu à peu en ruine et il ne sera jamais reconstruit. Le Villard et Les Chapins, autres hameaux du village, ne connaitront jamais cette déliquescence, à l’inverse des Guions, qui voit lui aussi peu à peu ses maisons se fermer dans les années 40 jusqu’à l’abandon du dernier habitant en 1949. Mais pour ce hameau le déclin ne sera pas irréversible!
Le mouvement de la Jeunesse Ouvrière Catholique connait un grand élan après la 2ème Guerre mondiale. A St Priest un aumônier dynamique et particulièrement actif,le Père Klein, épaulé par son vicaire, Paul Charbonnel, crée une association dans cette même mouvance: l’Association d’Education Populaire. Elle prône une politique active en direction de la jeunesse et notamment au travers de camps mettant la vie collective, les responsabilités et la marche en montagne au cœur du projet pédagogique. Un accueil s’établit pour ces jeunes de St Priest à Freissinières. Mais les maisons qui reçoivent les «petits», les jeunes-filles et les jeunes-hommes qu’il valait mieux de pas trop rapprocher… sont trop éparpillées. Le Père Klein envoie son vicaire à la recherche d’autres lieux plus adaptés.
1957, avec sa 2CV, le Père Paul Charbonnel écume la région. Un jour de pluie il arrive à St Crépin où le boulanger, M. Comier, qui est aussi le Maire, lui confie:«Je connais un coin où vous pourriez loger au moins 400 jeunes!» Le prêtre ne le prend pas au sérieux mais… il va voir de quoi il retourne et découvre le hameau des Guions. «Ma 1ère impression reste ineffaçable, m’avoue Paul Charbonnel, aujourd’hui retourné à la vie civile et laïque. Un hameau totalement abandonné, envahi par les ronces et les taillis, aux maisons quasi écroulées. Mais le lieu me fascine! Quel spectacle sur ce promontoire rocheux…Et il y avait encore de la possibilité avec le hameau de Champaussel, bien que dans un état tout aussi pitoyable, (qu’il découvre à pied car on ne peut le faire autrement) et des maisons au Villard. C’est là que l’idée des chantiers de jeunes jaillit, pour rebâtir ces maisons!»
A l’automne 58 les Pères Klein et Charbonnel remontent aux Guions, rencontrent les propriétaires, font une évaluation de ce qui est à vendre etc… Les familles Paluel, Morel, Combal, propriétaires les plus importants dans les hameaux respectifs des Guions, du Villard et de Champaussel sont contactés. En plus des maisons il faut acheter les terres… Les discussions sont ardues mais cette vente pour les agriculteurs très pauvres de l’époque est reconnue comme une aubaine. «Les femmes dans ces lieux marchaient pieds nus» se souvient Paul Charbonnel. Mais néanmoins le financement est une question épineuse car, avec les travaux, il s’agit de plusieurs dizaines de millions d’anciens francs…
Le Père Klein convoque une assemblée générale de l’AEP. Le problème de l’achat se scinde de celui des travaux de reconstruction. Tout le monde est sollicité: apport personnel du Père Klein, de l’AEP et subventions de la CAF. C’est alors que le Père Charbonnel soumet une idée: une tombola nationale où seraient sollicitées toutes les communautés chrétiennes et toutes les paroisses de France! Banco! Tout le monde se motive et on fonce!… C’est un succès!
1959: les accords tacites se concrétisent et les premiers versements financiers s’effectuent. Au fur et à mesure des acquisitions il faut imaginer cuisines, salles à manger, dortoirs, sanitaires, wc… «Et tout cela sans architecte, précise avec un grand sourire Paul Charbonnel. Il serait d’ailleurs parti en courant à l’énoncée de nos projets, de nos moyens et du temps dont nous disposions…Nous voulions recevoir garçons et filles de St Priest en juillet 59!… Et aux Guions c’était l’apocalypse. Le Père Klein et moi étions regardés comme des illuminés ou des fous … et il fallait bien l’être un peu.»
A l’époque Paul Charbonnel à 32 ans et le Père Klein 42. Ils savent mobiliser, fédérer et un élan à St Priest se créé, pour les jeunes! Des ouvriers se mobilisent tous les week-ends pour aller travailler sur ces chantiers. Les catholiques côtoient des communistes, des anarchistes, mais tous sont unis dans un même élan. Des fournées d’une quinzaine de bénévoles partent ainsi chaque semaine pour l’un des 3 chantiers et pour l’Ascension ou Pentecôte se sont parfois 50 à 90 personnes qui travaillent. Jeunes, moins jeunes, pour des vacances ou pour cause de chômage, tous aident, mettent la main à la truelle et tout le monde est debout à 6 H du matin pour le petit déjeuner. Même si parfois il y eut quelques débordements…Une fois en une journée la troupe vida un tonneau de 50 L de vin rouge à peine amené par le Père Paul… Le responsable se fit un peu remonter les bretelles même s’il avait prétexté:«Pas de vin pas d’hommes.» Des Frères Sardes prêtent main forte ainsi que des séminaristes. Quelques entreprises délèguent des bonnes volontés, couvreurs, maçons…
Mais tous ces hommes, travailleurs de force il fallait les loger et les faire manger….
L’aventure se poursuit
Les femmes aussi sont de l’aventure des Guions pour des tâches qu’elles connaissent bien: loger, nourrir, soigner les petits bobos, écouter, consoler… Et ce n’était pas une mince affaire que de faire manger des équipes fluctuantes. De semaine en semaine les mamans se relaient aux Guions.
Paul Charbonnel joue les intendants, les chefs de chantier, les confesseurs, tandis que le Père Klein reste à St Priest et se charge de motiver pour que de plus en plus de personnes s’impliquent dans le projet. Il faut des bras et des compétences car l’objectif est d’accueillir des jeunes dès juillet 1959! Le bouche-à-oreilles fonctionne, chacun amène ses outils, parfois des légumes du jardin, du vin, des sacs de pommes de terre, du fromage… pour mettre tout cela en commun pour les repas. Les habitants du village participent également dans la mesure de leurs moyens. Mme Morel, au Villard, jouait «la responsable télécom» en transmettant tous les messages téléphoniques et offrait soupe et fromages à ceux qui arrivaient très tard le soir. MM Bernaudon et Paluel qui conseillèrent et n’hésitèrent pas à mettre la main à la pâte. Sans oublier le garagiste sur la route de L’Argentière, M. Carmella, qui dépannait les véhicules déficients, de jour comme de nuit il répondait présent!
Un drame va obscurcir l’horizon. La maman du Père Klein se fait assassiner à Grenoble par un homme qu’elle hébergeait. Elle avait souvent donné le gîte et le couvert à des dizaines de pauvres hères, ce fut le dernier, fatal, pour quelques économies… Mais le Père Klein encourage à poursuivre le projet qui reprend de plus belle après les funérailles. En avril, après une estimation de 40000 heures de travail, le projet prend forme. «Vous travaillez plus que des paysans» diront des gens du cru! Il y eut même un dynamitage pour détruire des voûtes, vestiges de caves sur lesquelles des murs s’étaient effondrés et donc impossible à détruire à la main. Chacun donne le maximum! Aucun accident n’est à déplorer alors que les règles de sécurité sont succinctes. Même la maréchaussée se montre compréhensive. Claude, un séminariste de Grenoble, conduit la camionnette prénommée «Bardot». Entre Mont-Dauphin et St Crépin il se fait arrêter par 2 gendarmes qui trouvent au volant un barbu hirsute, dépoitraillé, sale et transpirant. «Papiers s’il vous plait?» Les siens, il ne les a pas. Il montre ceux du véhicule. «Pneus usagés, feux de signalisation cassés, flèche directionnelle incontrôlable (les clignotants n’existaient pas encore) phare avant cassé et conducteur sans papiers, vous en avez pour 3000 F!» Claude vire au blanc. Il leur explique pourquoi il est là, le chantier entrepris, le manque d’argent, il ne peut laisser que le véhicule payé 800 F. Il faudra sans doute un véritable acte de foi aux gendarmes pour le croire… Mais ils le croient! Ils lui enjoignent de passer chez Carmella faire réparer le tout et de présenter ses papiers…
Pour se représenter la tête de tueur qu’il devait arborer voici une autre anecdote. Toujours au volant du «Bardot» Claude voit 2 autostoppeuses. Il s’arrête et sort la tête par la fenêtre pour leur demander où elles allaient. Ses dernières prirent peur, sautèrent dans le fossé et détalèrent à toutes jambes…
Le pari est tenu! Début juillet 1959 80 jeunes de 12 à 14 ans sont accueillis aux Guions. Le Villard reçoit une trentaine de filles de 11 à 13 ans et une vingtaine plus grandes, 14 ans, et une quinzaine d’adolescentes. A Champaussel une vingtaine de grands ados sont entourés par Paul Charbonnel. Au total se sont près de 200 personnes, enfants, et adultes venus encadrer, qui se trouvèrent sortis de leur banlieue, venus se fabriquer des souvenirs magnifiques sous le ciel bleu des Hautes-Alpes et du Guillestrois! Des souvenirs inoubliables qui feront qu’aujourd’hui encore l’accueil perdure aux Guions.
Les hommes partent mais l’œuvre reste
Durant les années 60 les camps se succèdent à St Crépin. Une fête des parents permet à ses derniers de venir voir leurs enfants mais aussi de voir les travaux qui se sont poursuivis pour améliorer sans cesse l’existant, découvrir le village et ses hameaux.
En 1963 Paul Charbonnel retourne à la vie civile et laïque.
Le Père Klein est nommé à l’archiprêtré de Bourgoin un peu plus tard. Les vicaires se succèdent et fin 63 le Père Clerc est nommé pour remplacer le Père Klein à St Priest. Les 2 hommes se connaissaient, le premier organisant des camps itinérants pour la JOC. Mais les priorités de l’Evêché ne sont plus les mêmes. Le Père Marcel Clerc doit s’occuper de la construction d’une église à St Priest, N.D. de la Paix…Les prêtres ne devaient pas prendre la place de professionnels… Les camps entrent dans cette catégorie. Fin des années 70 le Père Clerc veut vendre les Guions et les maisons des Villard. Beaucoup s’y opposent avec force. Celles du Villard furent vendues mais pour les Guions l’opposition est telle que cela ne peut se faire. Les jeunes adultes qui étaient passés aux Guions se constituent en association: Les Amis des Guions. C’est elle qui deviendra propriétaire et gestionnaire des lieux. La vente fut réalisée sous forme de location/vente. C’est Bernard Saunier qui en assure la présidence avec Georgette, son épouse pour adjointe. Après sa mort accidentelle en 1994 sa femme poursuivra cette mission d’accueil aux Guions. Aujourd’hui encore des familles, des groupes sont reçus, l’association loue parfois à des organismes de vacances dans un esprit purement familial durant tout le mois d’août, ce qui lui permet d’assumer ses charges.
Un retour aux sources
Au début des années 2000 «les jeunes» qui ont profité des lieux se retrouvent. Pour eux, les Guions et ce qu’ils y ont vécu a souvent été un bouleversement dans leur vie. Ils tiennent à remercier les prêtres qui ont assumé la charge de ses camps de jeunes. En 2004 ils rencontrent Bernard Esmieu, alors Maire de St Crépin, pour lui soumettre leur projet: honorer le Père Klein «avec tous ses enfants».
Des retrouvailles humaines émouvantes. Le Père Klein alors en maison de retraite et en fauteuil roulant est monté jusqu’au Guions, sorti et porté à bras d’hommes. S’il a perdu l’usage de ses jambes l’esprit reste vif, il reconnait les 2/3 de ses «jeunes»!
Après cet été là ces hommes décident de ne pas en rester là! Ils passent un contrat tacite avec Bernard Esmieu. La municipalité achète les matériaux, eux se chargent de rénover entièrement la chapelle des Guions ? Marché conclu! Seul le clocheton sera refait par un professionnel, un habitant du Villard, petit-fils d’une personne présente aux beaux jours des Guions et des camps. Lancés, ces «jeunes» réhabilitent également le lavoir. Et depuis, tous les étés, le 1er samedi du mois de septembre, une messe est célébrée dans la chapelle des Guions. Tous ceux qui ont connu la dynamique de ces camps dans le Guillestrois, tous ceux qui peuvent venir viennent et c’est un beau jour de retrouvailles et de souvenirs!…







